• gaz non conventionnels - enjeu mondial, enjeu local

     

     

     

     

    Alors que les réserves de gaz naturel conventionnel décroissent (estimation à 60 ans de consommation), beaucoup  de pays se tournent de plus en plus vers l’extraction de gaz non conventionnels nichés dans le charbon, les schistes et des réservoirs particulièrement difficiles à exploiter. Pour certains c’est la promesse d’un nouvel eldorado économique d’autant plus que les gisements sont disséminés dans de nombreux bassins sédimentaires dans le monde notamment aux Etats-Unis et en Europe, de quoi s’affranchir de contextes géopolitiques parfois instables. Rappelons en effet que 4 pays contrôlent aujourd’hui 55% des réserves de gaz naturel conventionnel : Russie, Iran, Qatar et Arabie Saoudite.

     

     

     

    Avec les gaz non conventionnels, la Russie a perdu en 2009 son statut de premier producteur mondial de gaz au profit des Etats-Unis. La Chine, dernière entrée dans la course au développement des gaz non conventionnels, devrait voir sa consommation de gaz naturel croître de 6% par an en moyenne entre 2008 et 2035

    Ce nouvel eldorado risque pourtant de devenir une véritable bombe à retardement sur le plan écologique en raison des techniques d’extraction auxquelles on est obligé de recourir

    A la différence du gaz conventionnel, ces gaz se trouvent répartis de manière diffuse dans différentes couches géologiques. On en distingue trois catégories : les gaz de schistes, les gaz de houille et les gaz de réservoir ultracompacts (tight gas) selon qu’ils sont enfermés dans une roche mère argileuse (schistes), des filons de charbon (houille) ou des réservoirs de très faible perméabilité, difficiles à exploiter (tight gas).

    Les progrès techniques permettent aujourd’hui leur exploitation dans des conditions économiques rentables. Deux techniques sont ainsi employées :

    le forage horizontal à partir d’un puits vertical qui permet de recouper sur de grandes distances (1 à 3 kms) la formation productrice de gaz

     

     

     

     

     

     

    la fracturation hydraulique qui permet de créer des fractures artificielles pour extraire le gaz. Cette fracturation se fait par injection d’eau sous forte pression avec du sable fin et des produits chimiques destinés à empêcher les fractures de se refermer.

     

     

     

    Ces techniques ne sont pas sans poser de lourds inconvénients pour l’environnement.

    La fracturation hydraulique requiert en premier lieu d’importantes quantités d’eau, plusieurs millions de litres d’eau pour chaque gisement exploité. Elle utilise de nombreux produits chimiques dont on ne connaît d’ailleurs par la liste exhaustive. On trouve notamment des produits gélifiants, des antibactériens, des acides….

    Une partie seulement de l’eau utilisée est récupérée (50à 90 % ?) dans de vastes bassins de récupération et nécessite d’être traitée. Les stations d’épuration urbaines ne savent pas traiter ces effluents. l’expérience américaine doit nous éviter d’importer en Europe ce qui s’apparente de plus en plus à une catastrophe environnementale

     Le gaz de schiste est exploité depuis plusieurs années aux Etats Unis. On y compte près de 500 000 puits d’exploitation dans 31 Etats. En 2009, le gaz non conventionnel a ainsi représenté la moitié de la production gazière américaine, et il en assurerait 60 % en 2030, D’autres experts évoquent désormais un siècle de réserves aux États-Unis, soit plus du double des prévisions établies il y a une dizaine d’années. BP, Shell, Exxon Mobil, Total investissent les unes après les autres dans ces gisements très prometteurs.

     

    Mais la question de leur impact environnemental fait de plus en plus débat. La ville de New York a voté en août dernier un moratoire temporaire sur toute exploitation qui combine forage horizontal et fracturation hydraulique dans le bassin versant de 4000 km2 qui approvisionne son aqueduc municipal.

    Un documentaire choc, GASLAND, réalisé par Josh Fox a été diffusé aux Etats-Unis l’été dernier  pour révéler au public les dangers de cette industrie : de l’eau du robinet qui s’enflamme, des habitants malades, des nappes contaminées.

     

    En Europe

    L’industrie pétrolière et gazière s’intéresse actuellement de près au continent européen, notamment à la Pologne, la Hongrie, l’Ukraine et l’Allemagne. Certains estiment que l’Europe pourrait renfermer dans son sous-sol 36 000 milliards de mètres cube de gaz non conventionnels (jusqu’à une profondeur de 1000 mètres). La faculté de diminuer sa dépendance des importations, notamment de gaz russe intensifie la pression. Les compagnies pétrolières (ExxonMobil, Shell, BP, Total, ENI, PetroChina, Statoil,...), qui ont du mal à reconstituer leurs réserves d'hydrocarbures, y voient de nouveaux relais de croissance.

     

    En France

    Le potentiel français en matière de gaz non conventionnel se concentre dans le sud-est dans un triangle formé par Valence, Montpellier et Nice, particulièrement en Ardèche, dans la Drôme et les Hautes-Alpes.

    Total prépare la fin de l’exploitation du gisement de Lacq (Pyrénées Atlantiques) et prévoit d’investir 37,8 millions d’euros dans la Drôme et l’Ardèche pour explorer le sous-sol et rechercher les gaz de schistes.  La compagnie australienne EGL (European Gas Limited) entend exploiter en France le gaz de houille. Cette entreprise a racheté en 2008 Gazonor, l’ex-filiale des Charbonnages de France spécialisée dans la valorisation du grisou. Elle exploite ainsi le gaz de mine dans d’anciennes houillères du Nord Pas de Calais. EGL a repéré du gaz de houille dans le Valenciennois et a obtenu un permis d’exploration pour ce gisement estimé à 65 milliards de mètres cube selon le BIP du 6 janvier 2010.  Ce permis s’ajoute à cinq autres : deux en Lorraine, un dans le Jura, un près de Saint-Etienne (Loire) et un à Gardanne (Bouches-du-Rhône).

     

    A Gardanne

    La carte des titres miniers montre depuis  2007 les contours du permis de « Gaz de Gardanne »

    Déjà en 2007 le journal municipal de la ville de Gardanne titrait : »recherche gaz intensément » et soustitrait  »discrétion, un maitre mot » !

    Ce « permis exclusif de recherches d’hydrocarbures » a été prolongé pour une durée de 3 ans

     

     

     

    par un arrêté  en date du 9 avril 2010. Il couvre une surface d’environ 365 km2 et est donné en exclusivité aux sociétés « European Gaz Limited » (EGL) et « Héritage Petroleum Plc ».

    Le secteur concerné correspond à une grande partie du bassin de l’Arc, de Fuveau à l’est en passant par Gréasque, Gardanne, vers le plateau de l’Arbois

    Il s’agit  à priori de recherche de gaz de houille, présente dans les veines de charbon – le fameux grisou. Si l’extraction du gaz de houille est présentée généralement comme plus simple et plus « propre », un document en notre possession parle tout de même de possibilité d’utiliser la fracturation dans certains secteurs.

     Malgré l’opacité qui entoure ce dossier, nous avons pu nous procurer des documents prouvant que plus de trente forages ont  été effectués dès  2007 dans le plus grand secret – avec des résultats jugés encourageants par l’opérateur.

    L’estimation des réserves se montait  à 2.800.000 m3 de gaz et les clients potentiels étaient déjà désignés : Alcan(Pechiney) sur place, la zone industrielle de Vitrolles plus  à l’ouest.

    Qu’en est- il aujourd’hui ? Quelles suites, quelles autres forages seraient prévus et à quel endroit ?

    Qu’elles seraient les conséquences d’une exploitation de gaz de houille sur l’environnement, les nappes phréatiques, la sécurité des habitants ?

    Tant d’opacité et d’inconnus  poussent aujourd’hui logiquement  à demander un arrêt de toute exploration  gazière sur le territoire Gardannais en attendant d’avoir  un débat   public concernant ce dossier

     

     Le « Collectif de Vigilance Gaz de Gardanne » est crée dans ce seul but et réunira  au delà des clivages partisans les habitants, associations, syndicats et partis politiques sensibles à l’avenir de leur territoire.

     


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